La férocité blanche : des non-Blancs aux non-Aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours – Rosa Amelia Plumelle-Uribe

Rosa Amelia Plumelle-Uribe est une avocate afro-descendante originaire de Colombie. Il faut dire que sa naissance lui avait quelque peu labouré le terrain, ce qui n’écorne en rien son immense mérite puisque l’auteur descend de deux peuples qui ont servi de pâture à l’hyper violence occidentale blanche, les noirs Africains et les Amérindiens.

L’ouvrage déblanchit ses premières pages d’une préface du philosophe critique Louis Sala-Molins, qui a eu l’immense mérite de déterrer la juridicisation froide et calculatrice de l’esclavage des Noirs des colonies dans le tristement célèbre et macabre document que fut le très catholique Code Noir. Le ton est donné sur le mode du réquisitoire, de la restitution des humanités niées, de l’investigation détaillée des idéologies mobilisées pour exclure du règne humain l’essentiel des peuples de la terre.

L’avocate adopte un style clair, précis, dans une instruction à charge qui laisse une place juste aux témoignages, aux faits enfouis et submergés par le flot pétaradant des négationnismes de tous poils.

De la destruction méthodique des Indiens à l’anéantissement réitérés des Noirs depuis 1492, Plumelle-Uribe utilise des faits d’une gravité sans équivalents, mais aussi d’une effrayante banalité : assassinats programmés, lynchages de noirs, crémations de masses, viols routiniers, têtes fracassés d’Indiens, pieds coupés, …Ces faits sont réintroduits dans la grille de lecture qui leur donne un sens, enfin éclairé : la blanchitude, blanco-biblique supériorité d’un groupe humain qui au mieux discute de l’état de semi animalité des autres.

Déshumanisations, univers concentrationnaires, crimes banalisés sont légitimés par une vision du monde performative, celle de l’infériorité qui, se démarquant de la simple différence, rend inopérante et impensable la reconnaissance d’une suite ininterrompue de génocides.

On retrouve en trame de fond, la puissante thèse de Césaire, contenue dans l’emblématique Discours sur le colonialisme, de 1955, où le brillantissime écrivain et penseur démonte la prétention de supériorité et surtout l’hypocrisie occidentale à l’égard du nazisme : l’Occident s’est ensauvagé dans les barbaries et mufleries négrières, il s’est injecté le venin de la supériorité, de l’extermination, de la banalisation du crime. Le nazisme n’a fait qu’appliquer aux Non-Aryens ce que les Blancs plus généralement appliquaient avec soin et passion aux Non-Blancs…

Cet exemple de réactualisation roborative est d’une efficacité inégalée dans l’histoire des productions intellectuelles qui refusent le paradigme de la domination et l’implicite weltanschauung de l’infériorité des Non-Blancs, vision insidieuse qui dénie la notion de crime contre l’humanité lorsqu’elle ne s’applique pas à des…Blancs, constituant un monopole de facto de la douleur et des réparations…

Plumelle-Uribe instruit ainsi le nazisme avant l’heure, celui des nègres et des Indiens, elle traque aussi le nazisme cloné, celui de l’odieux système d’Apartheid, décrié par tous, et pourtant soutenu par les plus humanistes des États dits développés. L’État d’Israël, en tête, dont on aurait pu penser que la traversée récente et tragique de nombre de ses membres par les fourches caudines de l’Allemagne hitlérienne avait nécessairement provoqué une aversion au génocide, se trouva être l’instructeur et partenaire privilégié d’un système d’extermination de fait de la majorité noire !

Pourtant que de similitudes dans les retranchements sordides de l’idéologie de la suprématie raciale, ces chiens mangeurs de noirs des colonies au 15ème siècle, au 20ème siècle en Afrique du Sud en passant par l’expérience nazie. Que de ressemblances dans les pratiques de crémation, l’arbitraire de mutilation ou d’exécution de victimes coupables de leurs couleurs, de leurs cultures, de leurs civilisations.

Les États-Unis et la tradition raciste qui est fondatrice et de leur puissance et de leur existence, n’échappent pas à cette enquête sur la barbarie civilisationnelle. Terre d’esclavage, de quanti-classification des humanités, démo-pigmentocratie armée du bras séculier d’un système judiciaire qui ne se cache pas d’envoyer dans les couloirs de la mort avec une prédilection imparable, les afro-américains, descendants d’esclavisés venus d’Afrique.

La Férocité Blanche revisite avec sensibilité et arguments à charge, les transcendantaux, les lignes et trames des viols et violences légitimés par la blanchitude et de ce fait occultés comme crime contre l’humanité. Cet ouvrage de référence prévient contre les stratégies sémantiques, de communication, de brouillage visant à faire oublier, banaliser ou amnistier subrepticement les faits de dégradation et de démolition agressifs à l’endroit des plus faibles. Il remet devant leurs responsabilités victimes et agresseurs en déconstruisant une tranquillité usurpée à la fabrication de l’amnésie collective, il dévoile les monopoles de reconnaissance des crimes contre l’humanité. L’accusation, pertinente, débouche sur le dénie même de l’humanité des Noirs et des Indiens depuis cinq longs siècles et malgré moults habillages savants et verbeux d’autorités corrompues, éventuellement à leur insu, par l’idéologie exterminationiste sécularisée de la supériorité raciale.

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