La mélodie secrète – Xuan Thuan Trinh

L’Univers nous sera-t-il un jour révélé dans la totalité de sa réalité ? Parviendrons-nous à percer le secret de sa vraie mélodie ?

Comment l’infiniment petit a-t-il accouché de l’infiniment grand et comment l’univers tout entier, avec ses centaines de milliards de galaxies, a-t-il jailli d’un « vide microscopique »?

Comment, grâce à l’alchimie créatrice des étoiles et à l’existence des planètes, la vie et la conscience ont-elles surgi ?

Telles sont quelques-unes des questions que ce livre aborde. Il s’adresse à l »‘honnête homme » curieux du monde qui l’entoure et intéressé par les progrès récents dans l’étude du Cosmos, sans être pour autant équipé du bagage scientifique du spécialiste. En retraçant l’évolution, à travers les âges, de la vision de l’Univers que s’est faite l’homme, il accorde une attention particulière à l’univers actuel, celui du Big Bang. Mais il sait dépasser l’argument proprement scientifique pour aborder les questions qui se posent inévitablement dans toute discussion sur la création de l’Univers : Sommes-nous là par hasard ou notre présence dans l’Univers implique-t-elle l’existence de quelque Créateur ?

Extraits

Si elles n’ont pu détrôner la théorie du Big Bang, cela ne signifie pas que les théories rivales — les autres mélodies — ne sont d’aucune utilité, qu’elles n’ont pas un rôle à jouer dans l’entreprise scientifique. En science, comme dans tous les autres domaines, il faut toujours se méfier des modes. Une théorie qui rallie la majorité des voix n’est pas nécessairement la bonne. La plupart de ceux qui l’ont adoptée l’ont fait, non pas au terme d’un examen critique, mais peut-être par conformisme et par inertie intellectuelle, simplement parce que cette théorie était vigoureusement défendue par quelques chefs de file particulièrement éloquents. Les théories hérétiques, non orthodoxes, jouent donc un rôle particulièrement important : elles empêchent les défenseurs de la théorie orthodoxe de s’endormir sur leurs lauriers, elles les obligent à être constamment sur le qui-vive, à l’affût d’une faille, d’un défaut possible dans la structure érigée. Si la faille est trop grande et ne peut être colmatée, l’édifice s’écroule et un nouveau bâtiment prend sa place. C’est ainsi que procèdent les révolutions scientifiques. La mécanique quantique est apparue parce que la mécanique classique se montrait incapable d’expliquer les propriétés des atomes. Mais il faut faire bien attention à ne pas verser dans l’autre excès et à ne pas tout détruire à la moindre difficulté. Reconstruire sur des ruines est très ardu. Il ne faut pas se hâter de postuler des décalages vers le rouge non cosmologiques pour la simple raison que l’explication de l’énergie des quasars par des trous noirs massifs n’est pas de son goût, ou de changer la loi de la gravité parce que la nature de la masse invisible reste un mystère. Ces difficultés ne sont-elles pas des failles dans notre imagination plutôt que des défauts dans la structure du Big Bang ?

Face à toutes ces théories rivales, confronté à une multitude de mélodies alternatives, le cosmologiste pèse le pour et le contre et fait son choix. J’ai parié — le lecteur l’aura deviné —, comme la majorité de mes collègues, sur la théorie du Big Bang (fig. 63). Outre sa simplicité et son élégance, elle possède cette qualité nécessaire à toute bonne théorie : elle a un grand pouvoir de prédiction. Ses prédictions les plus importantes (le rayonnement fossile et l’abondance de l’hydrogène et de l’hélium) ont été confirmées de façon spectaculaire par les observations. Grâce à l’apport des idées issues de la physique des particules élémentaires, grâce à l’union de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, elle s’est encore enrichie et permet peut-être même de répondre aux questions les plus profondes, les plus fondamentales qu’on puisse poser : quelle est la genèse de l’univers ? Quelle est l’origine de la matière?

Le cosmologiste hérétique suédois Hannes Alfvén (celui de l’univers matière-antimatière) a lancé l’accusation que « le Big Bang est un mythe, peut-être un merveilleux mythe qui mérite une place d’honneur dans un zoo qui contiendrait déjà le mythe hindou de l’univers cyclique, l’œuf cosmique chinois, le mythe biblique de la Création en six jours, le mythe cosmologique de Ptolémée et bien d’autres ». Je crois que Alfvén a tort. À la lumière de ce qui a été dit, il ne fait plus aucun doute que la théorie du Big Bang est maintenant davantage qu’un mythe. Elle a acquis les titres de noblesse d’une science. C’est une théorie dotée d’une santé rigoureuse, qui a résisté jusqu’ici à bien des attaques, et qui donne jusqu’à nouvel ordre la meilleure description de l’univers. Si, un jour, le Big Bang devait être supplanté par une théorie cosmologique plus sophistiquée, celle-ci devrait incorporer tous les acquis du Big Bang, de la même façon que la physique einsteinienne a dû incorporer tous les acquis de la physique newtonienne.

L’univers du Big Bang est le dernier en date d’une longue succession d’univers commençant avec l’univers magique, et passant par les univers mythique, mathématique et géocentrique. Il ne sera certainement pas l’ultime univers : il serait bien étonnant que nous ayons le dernier mot, que nous soyons les élus qui perceront le secret de la mélodie. Il y aura encore, dans le futur, une longue série d’univers qui se rapprocheront toujours plus du vrai Univers (avec un U majuscule, pour le distinguer des univers créés par l’homme). Mais atteindrons-nous jamais le but final, parviendrons-nous jamais à la Vérité ultime, où l’Univers nous sera révélé dans toute sa splendeur, où la mélodie nous livrera tous ses secrets ? Pour répondre à cette question, il nous faut examiner en détail les étapes qui jalonnent la voie de la connaissance, depuis l’instant où nous captons les signaux de la nature, ses notes de musique, jusqu’au moment où le savoir et l’illumination jaillissent.

Voir aussi l’interview de Trinh Xuan Thuan à propos de « La mélodie secrète »

Source

2 commentaires sur “La mélodie secrète – Xuan Thuan Trinh

  1. Quelques détails : il n’ y a pas de « le mythe cosmologique de Ptolémée  » , mais son modèle géocentrique, qui plaçait la Terre, immobile, au centre de l’Univers … et qui inventa les « épicycles » , un système extrêmement compliqué de cercles pour expliquer que les étoiles et les planètes ne tournaient pas si docilement que çà autour de son centre !… L’ Homme se croyait l’élu des dieux ( et aussi leur prisonnier !…)

    Et il n’est pas question de « …changer la loi de la gravité … » , car cette loi, on ne la connaît : dans ses « Principiae » , Newton n’a pu que rendre compte d’un effet ( celui de la pomme tombant sur le sol !..) , mais à la différence de l’oeuf de Colomb, il n’explique rien : il décrit la force gravitationnelle et c’est tout !… Depuis, çà ne s’est pas arrangé, car dans la Relativité Générale ou Restreinte, Einstein a exprimé une vision de la gravité, mais où l’électromagnétisme n’a rien à faire !… Nous ne sommes nulle part , puisque la force principale, celle qui agit sur nous ( et permet notre existence ) nous est quasiment inconnue !…

    Quant à l’Univers, ce n’est pas d’un “vide microscopique” qu’il a surgi, mais d’un point quantique … selon la théorie ( standard ) du Big Bang , qui n’est acceptée que du bout des lèvres, car on se doute bien qu’elle est fausse, même si elle s’obstine à vouloir se confirmer ( jusqu’à ce qu’on trouve l’erreur : c’est ce qu’explique Valérian à Schroëder, dans  » la cité des eaux mouvantes » , le premier album de la saga de Mézières et Christin !… )

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